La mixité sociale au collège : les cas du collège Nicolas Vauquelin à Toulouse et du collège Las Cazes à Montpellier.

January 28, 2018

INTRODUCTION

 

     L’égalité des chances entre les élèves est un combat au moins aussi ancien que l’école républicaine en France. Dans cette optique, continuer de parler, encore aujourd’hui, de “mixité sociale” dans les collèges revient à faire une référence explicite au mythe d’une école républicaine intégratrice et rassemblant en son sein un groupe d’enfants homogène, qui jouissent des mêmes droits d’accès à l’éducation. Derrière ce principe d’égalité se cachent tant une exigence de justice sociale qu’une exigence d’efficacité du système éducatif et des politiques publiques mises en place dans ce domaine.

 

Face à ces principes si puissamment ancrés dans l’histoire de notre pays, il est aisément compréhensible que l’opinion s’offusque et réagisse au cri d’alarme lancé par exemple par le directeur d’études à l’EHESS, Thomas Piketty, qui le 6 septembre 2016 affirmait dans Le Monde : “La ségrégation sociale dans les collèges atteint des sommets inacceptables”. Ce dernier avait en outre mis en doute la capacité de l’État de prendre ce problème au sérieux et d’enfin trouver des solutions viables lorsqu’il se questionnait, toujours dans une Tribune du Monde : “Le gouvernement souhaite-t-il vraiment la mixité sociale ?”.

 

La France souffre en effet de la réputation d’être la championne des inégalités, surtout en termes de scolarisation, et le pays est également accusé d’attentisme voire d’immobilisme face à cette situation connue de tous depuis de nombreuses années. Néanmoins, garantir la mixité sociale en milieu scolaire va-t-il de soi ? Rien n’est moins sûr, et les interventions de Thomas Piketty dans le débat public ne sont qu’une preuve supplémentaire que le sujet prête à de multiples controverses. Avant de se demander comment garantir la mixité sociale dans les collèges, il faudrait au préalable régler la question de savoir si elle est souhaitable et profitable pour tous, en d’autres termes si l’on doit en faire un objectif de politique publique et l’imposer à tous ou si l’on considère que le choix du collège où l’on place ses enfants relève de la sphère privée et individuelle.

 

Le fil conducteur de ce mémoire sera donc le suivant : la mixité sociale au collège est-elle souhaitable, raisonnable et réellement réalisable ? Après avoir brossé un constat factuel sur la question de la mixité sociale dans les collèges en exposant les fondements sociologiques et théoriques du débat ainsi que son émergence dans l’agenda politique de la ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem, deux cas pratiques viendront étayer notre étude. Nous avons choisi les collèges Nicolas Vauquelin à Toulouse et le collège Las Cazes de Montpellier car ces deux villes font partie du dernier programme d’expérimentation en faveur de la mixité sociale dans les collèges, lancé par le Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en 2015. L’enjeu de cette étude sera de mesurer si cet énième dispositif d’expérimentation apporte des résultats probants pour enfin parvenir à garantir la mixité sociale dans tous les collèges de France. Si l’on prend pour acquis que la mixité scolaire est souhaitable compte tenu du constat sans appel d’une éducation à deux vitesses (l’une pour les ghettos, l’autre pour les plus favorisés), il faut dès lors s’assurer que les mesures testées fonctionnent et peuvent effectivement être transformées en politiques publiques. Nous essaierons donc de proposer une évaluation des expérimentations menées tant à Toulouse et à Montpellier, en notant les avantages et points positifs qui s’en dégagent, mais aussi les limites et difficultés que ces dispositifs posent.

 

 

 

Éléments de cadrage et ancrage empirique du sujet.

 

 

Un problème sociologique.

 

Tout d’abord, il faut noter que les inégalités en milieu scolaire font partie des sujets les plus étudiés en sociologie, preuve que le débat est vif en la matière. Les références “antiques” et incontournables de ce débat sur les inégalités scolaires sont bien sûr Raymond Bourdon et Pierre Bourdieu qui ont tous deux fait le constat de l’échec méritocratique républicain selon lequel n’importe quel enfant de la République française devrait avoir a priori les mêmes chances de réussite, et ce indépendamment des inégalités de classes sociales. Bourdieu a plus particulièrement constaté le cercle vicieux dans lequel se trouvaient les élèves, l’école ayant tendance à “reproduire” les inégalités sociales à l’infini puisque la réussite scolaire est elle-même un point déterminant pour l’accès aux futures positions sociales.

 

Pour notre étude sur la mixité sociale dans les collèges, il peut être plus particulièrement intéressant de se baser sur les études de Marie Duru-Bellat qui a fait partie, aux côtés d’économistes, d’historiens ou encore de professeurs, des multiples consultations scientifiques organisées par le gouvernement afin de trouver les meilleures solutions pour parer aux inégalités scolaires. Nous nous basons notamment sur un article majeur datant de 2004, déjà ancien, mais qui nous montre que la question et le débat stagnent depuis plus de dix ans sans trouver de solutions viables. Pour elle, il existe un lien mécanique, via le processus de sectorisation, entre des espaces urbains ségrégués et des espaces scolaires également ségrégués.

 

Deuxième constat, qui se rapproche de ce que notait déjà Pierre Bourdieu dans les années 1970 : non seulement l’école subit la ségrégation urbaine mais en plus, elle en fabrique. À quels niveaux se joue donc la ségrégation en milieu scolaire ? D’abord au niveau de la stratégie résidentielle et scolaire des familles, ensuite dans le découpage de la carte scolaire, puis dans la gestion des dérogations, dans la politique de l’établissement en matière d’offre d’options, de langues rares, et, en dernier ressort, dans la constitution des classes. La stratégie d’évitement est l'un des facteurs majeurs de la ségrégation puisque déjà en 2004, une famille sur dix demandait une dérogation vers un collège public hors secteur, et deux sur dix allaient dans le privé.

 

Le problème du choix des options est également prégnant car même dans le cas d’un collège défavorisé qui propose des options ou langues rares pour garder des élèves favorisés dans ses rangs, cela ne fabriquerait que davantage de ségrégation, cette fois entre les classes, car ces options sont de fait réservées aux meilleurs élèves, souvent socialement favorisés, et ne génèrent donc aucune mixité. De plus, Marie Duru-Bellat montre que les différences se retrouvent aussi en termes de qualité de l’enseignement reçu. L'enseignement le plus stimulant serait ainsi réservé aux élèves favorisés. La sociologue évoque aussi les différences en termes “d’expérience scolaire” : l’ambition du point de vue de l’orientation et l’aspiration des élèves à accéder à de hautes fonctions sont beaucoup plus faibles dans les milieux défavorisés. Ces élèves ont le sentiment d’être relégués dans des établissements de moins bonne qualité, dits “ghettos”, et donc de ne pas avoir les mêmes chances que les autres dès le départ, ce qui peut fortement décourager. En matière de ségrégation à l’école, il faut en outre noter l’importance du cercle d’amis, des loisirs, des goûts ou des opinions que peuvent ou non partager les élèves issus de milieux sociaux différents. Pour les sociologues, on peut ainsi considérer que “le vivre ensemble” fait partie des choses que l’on doit enseigner à l’école et que cela ne peut se faire sans mixité sociale. Cela relèverait d’un “principe citoyen” que d’apprendre à vivre au quotidien avec des élèves d’origines sociales différentes.

 

 

De multiples rapports publics sur les inégalités sociales en milieu scolaire.

 

Le constat sociologique, que fait Marie Duru-Bellat par exemple, est complété par de multiples rapports sur la question des inégalités sociales en milieu scolaire, parmi lesquels on peut citer ceux de l’économiste Thomas Piketty mais surtout ceux du Conseil National d'Évaluation du Système Scolaire (CNESCO) dont le dernier date de septembre 2016. Aux yeux de ces spécialistes, ce sont les politiques scolaires menées depuis une trentaine d’années qui sont les responsables de la ségrégation en milieu scolaire. Le rapport du CNESCO avait en effet été demandé pour comprendre les raisons de l’amplification du phénomène inégalitaire dans l’école française de 2000 à 2012. Or, il est surprenant d’apprendre que non seulement la France est une très mauvaise élève de la mixité dans les milieux scolaires, mais que c’est de surcroît son système scolaire qui génère en grande partie ces inégalités ou en tout cas les confirme, comme l’avait déjà noté Pierre Bourdieu en parlant de “reproduction”.

 

En lisant le rapport du CNESCO, on constate par exemple, non sans inquiétude, que “l’école donne moins à ceux qui ont moins” ou encore que l’enseignement est “de moins bonne qualité” dans les collèges ghettos. Le rapport liste en réalité une véritable “chaîne des inégalités” où plus on avance dans la chaîne, plus le phénomène inégalitaire s’amplifie, en partant des inégalités sociales jusqu’aux “inégalités d’orientation” ou “de diplomation”, puis “d’insertion”. Ne craignant pas d’aborder des sujets tabous, le CNESCO relève même des inégalités “ethno-culturelles”, donc discriminant les élèves immigrés, qui viennent s’ajouter aux inégalités strictement économiques entre les familles des élèves scolarisés. Finalement, le CNESCO préconise “une clarification de la vision de la justice à l’école” et un renfort de la mixité sociale dans les cent collèges les plus ségrégués de France. L’exemple des politiques scolaires menées ailleurs en Europe ne fait qu’invalider l’exemple français et souligner l’insuffisance des mesures prises.

 

 

Émergence, dans l’agenda ministériel de Najat Vallaud-Belkacem, de la question de la mixité sociale dans les collèges.

 

Nous avons vu que cette question des inégalités scolaires était abordée par de multiples gouvernements, mais que peu s’en étaient réellement saisis ou alors que leurs réflexions n’avaient donné lieu qu’à des expérimentations jamais suivies de réforme nationale, bien que la réforme de la carte scolaire ait été préconisée à de nombreuses reprises. Concernant le gouvernement actuel, il faut noter que la mixité sociale dans les collèges a émergé dans l’agenda de Najat Vallaud-Belkacem suite aux attentats qui ont touché Paris en 2015. Un lien logique a rapidement été vu entre la radicalisation de certains jeunes et l’existence de collèges “ghettos” regroupant tous les élèves défavorisés et immigrés dans un même établissement, sans mixité donc. La ministre avait alors annoncé qu’un état des lieux sur la mixité sociale dans les collèges devait être réalisé pour l’année 2015-2016. Elle indiquait en outre que “c'est en nous appuyant sur les territoires volontaires - et ils ont été vingt-cinq, de droite comme de gauche - que nous avons engagé une vraie démarche en faveur de la mixité sociale, pour enfin remédier à ce qui gangrène depuis trop longtemps notre système scolaire.” Quelle est cette démarche ? Il s’agit de vingt-cinq territoires pilotes parmi lesquels on compte le département de Haute-Garonne et celui de Hérault que nous étudierons dans un second temps. Le but est de tester des mesures en faveur de la mixité sur ces territoires pilotes, en collaboration avec des acteurs de terrain, aux côtés des collectivités et de les déployer ensuite sur tout le territoire, à l’échelle nationale, si l’on constate que les mesures ont fait leurs preuves.

 

Plus récemment encore, la polémique entre Thomas Piketty et la ministre Najat Vallaud-Belkacem a remis cette question à l’ordre du jour. Le constat de Piketty est basé sur le cas de Paris et sur les travaux récents de Julien Grenet, chercheur au CNRS et directeur adjoint de l’École d’Économie de Paris, qui s’inscrivent dans le cadre d’une consultation en cours sur les dispositifs multi-collèges. Que note-t-il ? En 2015 à Paris, il y avait plus de 85000 élèves inscrits dans 175 collèges (60 privés et 115 publics) et le pourcentage d’élèves défavorisés (dont les parents sont ouvriers, chômeurs ou inactifs) était de 16%. Or, la preuve d’un niveau de ségrégation extrême dans les collèges est que certains accueillent 60% d’élèves défavorisés alors que certains autres n’en accueillent que 1%. Si l’on s’intéresse maintenant strictement au privé, aucun établissement n’accueille une forte proportion d’élèves défavorisés. Partant de là, Thomas Piketty propose de “s’attaquer au privé” en lui imposant des quotas, mais ce constat n’est pas partagé par tous. Najat Vallaud-Belkacem a par exemple vivement réagi en répondant aux affirmations de Thomas Piketty dans un entretien au journal Le Monde. Pour elle, “on ne peut pas imposer autoritairement la mixité sociale au collège.”

 

D’autres pistes et propositions concrètes pour garantir la mixité sociale dans les collèges sont envisagées, comme la suppression de la carte scolaire ou encore la création de zones multi-secteurs regroupant plusieurs collèges dans une même zone et où la priorité serait donnée dans la mesure du possible aux vœux des familles résidant dans cette zone. Le cas échéant, une affectation mécanique en faveur de la mixité sociale est privilégiée (dispositif qui a fait ses preuves à Boston). On peut encore noter la solution de la sollicitation des parents d’élèves, pour distribuer des tracts notamment, et ainsi redorer la réputation de certains collèges “ghettos”, que certains élèves favorisés dépendant de cette zone fuient (dispositif qui donne des résultats aux Pays-Bas). Une autre mesure pour garantir la mixité sociale au collège consiste en la création d’algorithmes qui se substituent aux choix des familles en matière d’affectation dans les établissements. Dans ce dernier cas, le processus d’affectation serait entièrement automatisé en vue d’une mixité certes enfin garantie, mais de façon quelque peu arbitraire puisque la répartition se ferait en fonction du “rang” socio-économique de l’élève. On peut aussi ajouter à la liste des mesures testées le “busing”, idée qui nous vient des États-Unis et qui revient à transférer, via un bus scolaire, un élève d’un quartier favorisé ou au contraire très défavorisé, vers une zone d’éducation mixte socialement.

 

En un mot, on peut voir que la mixité sociale dans les collèges est une question qui alimente le débat depuis de nombreuses années et prend des proportions inédites depuis 2015 où, à la suite des attentats, on relie volontiers le problème des collèges “ghettos” aux phénomènes de radicalisation. La discussion est vive comme le montre par exemple la polémique entre Thomas Piketty et Najat Vallaud-Belkacem, car cette question relève de l’éthique et excède la simple logistique d’affectation dans les collèges. Comme le souligne la ministre, on voit qu’il est déontologiquement délicat d’imposer aux parents des stratégies d’orientation. Cette phrase de la ministre résume à elle seule le problème et explique en partie les lenteurs de mise en pratique de mesures : “Sur le principe, tout le monde est pour la mixité, mais quand il s’agit de vos enfants, c’est plus compliqué”. Il faut ainsi maintenant voir si les mesures testées débouchent sur des solutions concrètes ou si le débat et les postures strictement théoriques sur la mixité scolaire dans les collèges se poursuivent en vain, comme depuis de nombreuses années.

 

 

 

Étude de cas : Toulouse, collège Nicolas Vauquelin, quartier du Mirail

 

 

Cadrage de la situation géographique et socio-économique du collège toulousain

 

Le collège Nicolas Vauquelin est situé dans la zone du Mirail, regroupant les quartiers prioritaires du sud-ouest de Toulouse, à l’extérieur du périphérique, que sont Mirail-Université, La Reynerie et Bellefontaine. 67 % des logements de ces quartiers sont des logements sociaux. On note un taux de chômage avoisinant les 33% et un revenu médian par unité de consommation qui s’élève à 8100 euros, c’est-à-dire le plus bas de toute l’agglomération toulousaine.

 

Ce collège est classé en REP (Réseau d’éducation prioritaire) mais la carte scolaire indique qu’il ne devrait normalement pas admettre seulement des élèves du Mirail, mais aussi des élèves du quartier de Saint-Simon et des Pradettes, nettement plus favorisés. Or la réalité est tout autre, les stratégies de dérogations sont nombreuses et c’est pour cette raison que le collège fait partie de ceux choisis pour tester les mesures en faveur de la mixité sociale en 2015-2016.

 

Selon le Conseil départemental de la Haute-Garonne, les collèges sont majoritairement équilibrés du point de vue de la mixité dans le département. Mais à Toulouse la situation serait particulièrement déséquilibrée. Les neuf collèges classés en REP en Haute-Garonne se trouvent en effet à Toulouse, parmi lesquels on compte le collège Nicolas Vauquelin. Ce sont les fameux “collèges ghettos” qui ont les taux d’élèves défavorisés les plus importants. Ceux-ci recrutent dans le secteur de proximité, c’est-à-dire le Mirail dans le cas du collège Vauquelin, là où le taux de familles défavorisées est déjà très élevé. De plus, le collège souffre d’une très mauvaise réputation, du fait des comportements très violents qu’ont pu avoir certains élèves dans son enceinte et qui ne font que s’ajouter aux violences déjà connues dans les quartiers du Mirail. Le quartier avait par exemple connu des émeutes en 2005. De plus, à la suite de la vague d’attentats qu’a connue la France en 2015 et aux nombreux cas de radicalisation qui ont pu être identifiés, un des élèves du Collège Vauquelin avait été reconnu par ses camarades de 6e dans une vidéo d’exécution d'un otage israélien. Instrumentalisé par le fanatisme religieux pour devenir en quelques temps un tueur du djihad, cet élève de 12 ans avait semé l’effroi, tant auprès des parents, qui craignaient sa mauvaise influence envers ses anciens camarades, qu’auprès des élèves traumatisés, qui se demandaient un peu naïvement “pourquoi il n’a[vait] pas tué les méchants” en Syrie, et s’il reviendrait à Toulouse pour semer la terreur comme l’avait déjà fait Mohamed Merah lors des tueries de 2012.

 

Le Conseil départemental de la Haute-Garonne a en outre tenté de quantifier la stratégie d’évitement et a estimé qu’il y avait à Toulouse seulement 51% de respect de la carte scolaire contre 81% de respect de la carte dans le reste du département. Face à ce constat, le Conseil départemental a estimé que la meilleure solution pour remédier à ce manque de mixité dans les collèges toulousains serait le regroupement des collèges dans un même secteur. Le dispositif associerait deux collèges en binôme : l’un recrutant des élèves très favorisés, l’autre des élèves très défavorisés. Cette méthode, innovante en France, permettrait aux familles défavorisées d’être affectées dans le collège dont elles dépendent d’après la carte scolaire ou bien de changer et de faire un vœu pour le collège le plus favorisé du binôme, devenant ainsi prioritaire sur d’autres demandes. Cette proposition permettrait de rééquilibrer le taux d’élèves favorisés et défavorisés au sein d’un même collège et d’y garantir une mixité sociale. Pour atteindre les objectifs souhaités, le Conseil départemental sollicite également l’aide de la ville de Toulouse et de la métropole, la ségrégation étant en effet urbaine avant d’être scolaire.

 

 

Mesure testée par le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et son impact sur la mixité sociale au collège Nicolas Vauquelin.

 

Comme nous l’avons vu, le département de la Haute-Garonne a été sélectionné par le ministère pour tester localement des mesures garantissant la mixité sociale dans les collèges, et l’accent a été mis sur Toulouse, compte tenu de la situation précédemment décrite. Au collège Nicolas Vauquelin, le principal axe étudié pour mettre effectivement en œuvre cette mixité est l’incitation. Un bonus est en effet accordé à ceux qui respectent la carte scolaire. Sur recommandation du CNESCO, il a donc été décidé que des places dans les meilleurs lycées de Toulouse seraient réservées à ceux qui auraient respecté la carte scolaire dans le secondaire. En cinq ans, ce qui montre que le collège n’a pas attendu la nouvelle campagne d’expérimentation lancée par le ministère en 2015, on est passé de 56% d’élèves contournant le collège dont ils dépendent normalement à 25%. Auparavant, sur 44 élèves de l’école primaire Paul Bert située dans le quartier favorisé de Saint-Simon (dont les familles sont majoritairement composées de cadres et de cadres supérieurs), c’est-à-dire dans le secteur du collège Nicolas Vauquelin d’après la carte scolaire, 23 demandaient un autre collège.

 

Malheureusement, aucun chiffre n’a pu être communiqué sur l’impact réel des mesures prises depuis la nouvelle expérimentation de 2015, mais l’on peut penser que la tendance de diminution du taux de contournement de la carte scolaire se poursuit. Un recueil de témoignages peut néanmoins faire office de premier bilan, tout en nuances et à utiliser avec prudence. Pour le principal du collège, Fabrice Pinteau, la mixité sociale au collège est un objectif à poursuivre car elle est un gage de réussite pour les élèves. Les plus fragiles ont ainsi le sentiment d’appartenir à l’école de la République de la même façon que les autres. L’égalité des chances est garantie et il n’y a plus autant de décrochages. Pour les autres, les plus favorisés et donc les plus difficiles à convaincre car ce sont eux qui demandent des dérogations vers d’autres collèges publics ou vont directement dans le privé pour éviter le collège Vauquelin, le principal avance l’argument de l’enrichissement de l’expérience scolaire sur le plan du “vivre-ensemble”, indispensable selon lui à tout futur citoyen. Les professeurs, quant à eux, reconnaissent que la qualité de l’enseignement dispensé à Vauquelin n’est sûrement pas strictement équivalente à celle de l’enseignement reçu dans d’autres établissements, tout simplement car le niveau de concentration est moins élevé et qu’il est difficile de réaliser à la fois un travail spécifique pour des élèves sur le point de décrocher et de proposer en même temps un enseignement de bon niveau pour les meilleurs. Le grand écart est souvent à l’œuvre et de nouvelles ségrégations peuvent ainsi se créer au sein de la classe. Pour les parents d’élèves, une citation montre bien les réticences que peuvent éprouver certains à l’idée de placer leurs enfants au collège Nicolas Vauquelin. Sur un site de classement des collèges toulousains, on peut en effet lire ce commentaire: “Un exemple de collège avec une mixité sociale réussie si l’on en croit les responsables d’établissement et académiques. Si l’on juge par les résultats au brevet, on a plutôt le constat d’un échec année après année avec des scores faibles et qui régressent (...) Vous l’aurez compris, les gens qui vous expliquent que vos enfants doivent aller à Vauquelin n’y mettront bien sûr jamais leurs enfants. Les élèves les plus doués peuvent finir par s’en sortir par la suite, mais les autres sont inévitablement tirés vers le bas. Et comme dans tous les collèges toulousains en ZEP, harcèlements réguliers, surtout contre les courageux issus des classes sociales défavorisées qui veulent s’en sortir, incivilités sur les accès au collège et drogue.” Cet avis nous montre donc que la mauvaise réputation du collège joue un rôle fondamental dans la stratégie de choix d’un établissement pour son enfant. Pour les élèves en revanche, les avis sont un peu plus nuancés quant à cette expérience de mixité. Pour certains, il est indispensable d’être mêlés aux autres, surtout pour les plus défavorisés vivant au Mirail. Cela leur permet d’enrichir leur “expérience scolaire” comme l’indique la sociologue Marie Duru-Bellat, notamment en leur donnant davantage d’ambition et d’espoir de réussite que s’ils vivaient en permanence dans une sorte de “huis-clos” défavorisé, avec les autres enfants du quartier. Pour les plus favorisés, l’expérience de mixité n’est concluante que si et seulement si le niveau scolaire reste globalement bon, et qu’ils peuvent se sentir en sécurité au collège.

 

 

Rôle des associations et des activités extrascolaires pour créer plus durablement et non arbitrairement, de la mixité sociale dans les collèges.

 

Après la gouvernance ministérielle, les autorités locales avec le Conseil départemental de Haute-Garonne mais aussi la ville de Toulouse, l'administration du collège, il faut enfin prendre en considération l’échelon individuel avec les parents et les élèves, le rôle des associations de proximité dans ce processus. Celles-ci ont en effet tout leur rôle à jouer pour créer de la mixité sociale durablement, et plus seulement du fait du brassage presque automatique des origines sociales et ethniques des élèves. À Toulouse par exemple, le rugby, sport très populaire dans cette région, agit comme un vecteur de mixité en dehors du collège. Tel est en tout cas l'objectif du projet "À Vauquelin, je veux devenir collégien”, né du constat que les parents du quartier de Saint-Simon notamment appréhendent le passage de leur enfant de CM2 en 6e au collège Vauquelin. Nous l’avons vu, le collège souffre d’une très mauvaise réputation et c’est l’une des motivations principales de dérogations, ce dont a conscience le Principal du collège. En collaboration avec le CLAE de Saint-Simon, ce projet vise donc à remédier aux stratégies d’évitement ainsi qu’à renforcer la mixité sociale, voire même à la provoquer. Comment ? En proposant une activité rugby avec placage à tous les enfants de la zone de recrutement de Vauquelin. Sur le terrain, la mixité s’avère spontanée, sans appréhension, avec un respect exigé et uniforme, et cela crée des amitiés entre les futurs collégiens venant d’origines sociales certes différentes mais qui seront amenés à se côtoyer dans leur futur établissement pour quatre ans. Cette action est menée par l’association “Rebonds” qui voit le rugby comme un moyen d’insertion des personnes en difficulté dans les quartiers, et ce en collaboration avec le principal du collège.

 

Autre initiative significative en termes de mixité, le journal du collège Nicolas Vauquelin, et notamment son action remarquée après les attentats de 2015 à Paris. Tous les acteurs du collège, que ce soient les professeurs, les parents ou encore les élèves, ont formé des groupes hétérogènes. La semaine a été banalisée et les classes défaites afin de générer une situation de mixité inédite, bien que temporaire. Le but était de réfléchir aux valeurs et thèmes républicains tels que la liberté d’expression, l’engagement citoyen mais aussi la valeur du sport ou des sciences dans notre société. Soulignons que cette expérience a retenu l’attention de la Fédération Française Pour l’UNESCO (FFPU) lors de la journée mondiale de la liberté de la presse. À cette occasion, le journal a été primé dans trois catégories sur cinq et les élèves ont pu rencontrer de nombreuses personnalités politiques, des journalistes, des sportifs ou des personnes engagées dans des associations, ce qui s’est révélé stimulant et inspirant. En résumé, cette expérience a été très enrichissante pour tous et a permis de fédérer toute la communauté éducative autour d’un projet commun, où le temps d’une semaine, la mixité était réelle au collège, et parfaitement bien vécue par ailleurs. Une vidéo intitulée “Vauqu’osmopolitanie” a aussi été créée. Le nom est inventé à partir de la contraction du nom du collège (Vauquelin) et de l’adjectif “cosmopolite”, ce qui illustre parfaitement cette thématique de la mixité sociale au collège.

 

L’enjeu est donc bien de combiner les mesures effectives prises “d’en haut” (approche Top-Down) avec des initiatives locales qui permettent de réellement incarner ce concept parfois trop théorique de mixité sociale.

 

 

 

Étude de cas, en comparaison : Montpellier, collège Las Cazes, quartier du Petit Bard

 

 

Une situation de fortes inégalités dans cette zone

 

Le collège Las Cazes se situe dans le quartier du Petit Bard, à l’ouest de Montpellier, composé d’une grande “barre” d’immeuble de 860 logements. Ce quartier a été classé en zone urbaine sensible depuis 1996 et il connaît un certain nombre d’actes de délinquance au quotidien. À cela s’ajoute une situation socio-économique très délicate pour les habitants. En effet, même si le quartier est assez bien relié au centre de Montpellier (seulement quelques arrêts de tramway), le creuset économique est flagrant. Ce quartier de 5 000 habitants présente un taux de chômage avoisinant les 60 % de la population tandis que l’on serait à 14% pour le centre de Montpellier. Une redynamisation urbaine a par ailleurs été engagée pour une partie du quartier depuis 2005, à la faveur d’une convention de rénovation urbaine signée avec l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), mais qui serait encore en cours.

 

Concernant le collège à proprement parler, celui-ci présente une situation comparable à celle du collège Nicolas Vauquelin à Toulouse : aucune mixité ni “ethnique” ni socio-professionnelle, des violences répétées, une réputation déplorable, bref, un véritable collège “ghetto” qui récupère, en outre, toutes les difficultés déjà présentes dans la zone urbaine concernée. Comme le dit le CPE du collège: “Chômage, logement, isolement, les familles cumulent les difficultés sociales. ” Un autre problème mentionné est le fait que tous les élèves du collège, souvent issus du même quartier, se suivent de la maternelle au lycée. Cela encourage le communautarisme, l’entre-soi et, par voie de conséquence, le manque d’ambition et la peur de tout ce qui est hors du quartier. De ce fait, il n’y a bien sûr pas de mélange avec les élèves hors du quartier du Petit Bard (95% des élèves sont d’origine marocaine), pas d’ouverture, pas de vivre-ensemble.

 

C’est donc un constat de manque total de mixité (qu’elle soit socio-économique et/ou ethnique) qui est à l’œuvre au collège Las Cazes, dans le quartier du Petit Bard à Montpellier. Les parents qui s’interrogent sur le bon apprentissage du français dans l’établissement ne sont ainsi pas rares, sachant que dans cet établissement il n’y a “que des Arabes qui vivent dans la barre d’à côté” (témoignage d’un parent d’élève). Mais ce manque de mixité ethnique ne doit pas cacher un manque flagrant de mixité socio-économique. Pour beaucoup, cette zone est un véritable “ghetto social” comme le montrent le nombre d’élèves boursiers scolarisés à Las Cazes (83 % d’élèves boursiers en 2013 pour une moyenne française de 27,6 %) et le nombre d’élèves vivant dans une zone urbaine sensible (cela représente les trois quarts des élèves pour Las Cazes, comparé à 7 % d’élèves à l’échelle de la France).

 

Cette situation de fortes inégalités a constitué une raison suffisante pour sélectionner ce territoire dans le protocole d’expérimentations de mesures lancées par le gouvernement. Mais cela a en outre été appuyé par une médiatisation sans précédent de cette zone et une campagne menée à partir d’avril 2015 par un comité d’une dizaine de mères d’élèves du collège Las Cazes. Dans plusieurs journaux et au cours de différentes manifestations, elles ont par exemple déclaré : “On veut des petits blonds”, signe que la mixité manquait cruellement dans l’établissement où étudient leurs enfants. En squattant des écoles et en cherchant à rencontrer des membres de l’administration aux différents échelons que sont la ville de Montpellier, mais aussi le département ou le rectorat, elles ont tenté d’attirer l’attention des pouvoirs publics à l’aide de tracts et banderoles qui indiquent “Enfants de la République” ou encore “Égalité pour tous”. Toutes vivent dans ce quartier défavorisé de l’Ouest de Montpellier et toutes sont marocaines ou algériennes, ce qui montre qu’elles souffrent probablement déjà du manque de mixité dans leur propre vie et ne souhaitent pas la même chose pour leurs enfants. Par ailleurs, l’équipe éducative est forcée de constater que le communautarisme se voit aussi au niveau des relations entre garçons et filles où une fois encore, la mixité est quasiment absente. Du point de vue des pratiques culturelles, nombreux sont les collégiens de Las Cazes qui font le ramadan ou désertent le collège pour la fête de l’Aïd et cela tendrait à s’accentuer du fait de la pression sociale du quartier. Un élève ou une famille seraient ainsi mal vus s’ils ne respectaient pas ces pratiques religieuses.

 

Du fait de cette absence totale de mixité et des comportements fortement communautaristes à l’œuvre dans cette zone de Montpellier, ce territoire a donc été choisi à bon escient pour tester les mesures réfléchies par le ministère de l’Éducation, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, au niveau national.

 

Les mesures testées pour instaurer de la mixité sociale au collège Las Cazes.

 

Contrairement au collège Nicolas Vauquelin à Toulouse, le pari n’est pas ici celui de l’incitation à respecter la carte scolaire en promettant des places dans de prestigieux lycées. La solution retenue et testée à Montpellier, au collège Las Cazes, est plutôt celle d’une diversification de l’offre pédagogique, notamment pour améliorer la réputation déplorable de l’établissement et renforcer son attractivité. Il s’agit de donner aux futurs élèves et à leurs parents l’envie de venir étudier dans ce collège jusqu’alors “ghetto”, mais qui proposera désormais une plus-value pédagogique telle qu’il deviendra intéressant et avantageux d’étudier dans l’établissement pour des élèves n’habitant pas le quartier. L’ambition est de transformer le collège en 3e collège numérique de l’Hérault.

 

La rectrice de l’Académie de Montpellier, Armande Le Pellec, précise le choix de cet établissement pour tester cette mesure : “L’idée, c’était de cibler l’établissement où les parents cumulent des difficultés sociales, culturelles et économiques. Nous avons souhaité attirer dans ce collège des élèves hors secteur. Et nous y sommes parvenus en créant une section internationale, pour laquelle les enfants sont sélectionnés sur dossier. Nous avons également monté une section rugby, ainsi qu’une filière “arts de la scène”.”

 

Sur le fondement des travaux de la sociologue Marie Duru-Bellat, il semble possible d’exprimer quelques réserves quant à cette initiative. Celle-ci permet certes d’amener dans l’établissement des élèves extérieurs au quartier du Petit-Bard et plus favorisés socio-économiquement. Mais cela créera aussi de nouvelles ségrégations, cette fois entre les classes, puisque nul doute par exemple que ce ne sont pas en majorité des enfants du Petit-Bard qui iront spontanément s’engager dans un parcours d’excellence en classe internationale. Les options de ce type seront bien sûr réservées aux nouveaux arrivant, les plus favorisés, et la mixité sera peut-être relativement effective à l’échelle de l’établissement, mais certainement pas à l’échelle des classes.

 

Malgré tout, cette mesure de diversification de l’offre pédagogique peut s’avérer une bonne alternative à une refonte de la carte scolaire. Car ce n’est pas en l’espèce la carte scolaire qui pose problème, la zone de recrutement est déjà mixte. Le collège n’est pas en effet censé recruter seulement dans la zone du quartier du Petit Bard en théorie, mais il subit dans les faits une puissante stratégie d’évitement du fait de la très mauvaise image qu’il dégage. Il est donc indispensable de s’attacher à lui redonner de l’attractivité.

 

Par ailleurs, il faut aussi remédier au problème de l’autocensure dans les stratégies d’orientation, réalité qu’avait par exemple mise en évidence le rapport du CNESCO. Pour donner aux élèves défavorisés l’envie d’entreprendre des études ambitieuses, la solution imaginée à Montpellier, au collège Las Cazes, a été de multiplier les partenariats entre le collège et l’enseignement supérieur (Université de Montpellier, SupAgro ou Sup de Co). La principale adjointe du collège affirme par exemple que les élèves “n’ont aucune idée de ce qu’ils veulent faire plus tard. Inconsciemment, ils s’autocensurent pour ne pas dépasser le chef de famille, ne pas être plus fort, plus instruit que lui, même si celui-ci est au chômage.” On peut penser que ces partenariats renforceront la confiance de ces élèves en eux, en leurs possibilités, et les encourageront à nourrir des projets ambitieux.

 

Évaluation de ces mesures : le manque d’une politique globale et d’une gouvernance multi-niveaux.

 

Quel est véritablement l’impact de ces mesures testées au Collège Las Cazes où nous avons vu que la mixité était totalement absente ? Le problème soulevé par les familles et notamment les mères qui réclamaient des “petits blonds” à Las Cazes est encore le même : ces parents d’élèves sont tous d’accord avec les expérimentations, mais s’exaspèrent de cette accumulation de mesures testées et jamais transformées en véritable politique scolaire. Ce n’est ainsi pas la première fois qu’une expérimentation de cette sorte est suivie d’un rapport d’évaluation pour mesurer l’efficacité du dispositif en termes de mixité scolaire. Malheureusement, cela n’est pas encore suivi de politique concrète, au niveau local et encore moins au niveau national.

 

Les familles du Petit Bard continuent donc leur mobilisation afin que la mixité soit visible à la ville comme dans les écoles, et pas seulement au collège mais aussi dès la maternelle. La conscience que la politique scolaire ne peut pas être menée seule, indépendamment de la politique de la ville gagne de plus en plus les esprits. C’est en ce sens qu’Isabelle Marsala, adjointe au maire de Montpellier et déléguée à la réussite éducative a pu dire que “ L’école ne peut pas résoudre tout le problème de la mixité. Cela relève aussi de la politique de la ville, du logement. ».

 

En parallèle, d’autres mesures sont proposées pour remédier au manque de mixité dans cette zone de Montpellier comme le “busing” qui consiste à transporter des élèves hors du quartier, dans une autre zone mixte créée ex nihilo. Mais il faut prendre en compte le coût des transports et l’envie des parents de faire sortir leurs enfants du quartier alors qu’ils sont habitués à ne vivre que dans une zone de proximité et à ne fréquenter que leurs voisins d’immeuble.

 

 

CONCLUSION.

 

La mixité sociale au collège n’est certainement pas le seul fait du collège, elle doit commencer bien avant, dans les plus petites classes mais aussi dans l’espace urbain de manière plus générale. Nos deux études de cas nous montrent en effet que les mesures testées dans les collèges, si elles sont prises isolément et restent déconnectées des autres politiques de la ville, ne servent à rien. De plus, il faut que les rapports d’évaluation de ces expérimentations débouchent enfin, comme promis par la ministre Najat Vallaud-Belkacem, sur la mise en œuvre d’une politique scolaire concrète, que ce soit à l’échelon local ou national. Dans ce cas, les solutions seront envisagées au cas par cas, en prenant en compte les spécificités locales.

 

Le défi lancé par cette question de la mixité sociale au collège est précisément celui d’une gouvernance multi-niveaux, qui coordonne les actions des acteurs locaux tels que les parents d’élèves, les professeurs, les principaux de collège, le Conseil départemental, la métropole ou encore les associations… Face à l’échec, depuis les années 1980 au moins, d’une politique scolaire nationale de destruction des collèges “ghettos” au profit de collèges enfin mixtes, il faudrait donc changer de paradigme. Les politiques scolaires imposées par le haut (approche Top-Down) mais qui ne tiennent pas compte de la réalité du terrain ne sont aujourd’hui plus acceptables et il semble que l’on doive désormais s’orienter vers des approches Bottom-Up (en partant du local). Dialoguer avec les associations comme le fait le Collège Nicolas Vauquelin à Toulouse ne semble ainsi pas une mauvaise idée pour instaurer un mixité sociale durable, non arbitraire, où l’on considère que les algorithmes à eux seuls ne garantissent pas la mixité.

 

Derrière ces problèmes logistiques, il y a en effet de vrais individus, des familles à qui l’on ne peut pas imposer de placer leurs enfants dans des collèges “ghettos”, en se contentant d’invoquer le principe républicain de la mixité. Déontologiquement, il est très délicat de modifier aussi arbitrairement les stratégies toutes personnelles des familles en matière de mixité. Pour autant, la mixité sociale, au collège comme à la ville, est souhaitable pour un meilleur “vivre-ensemble” et pour en finir avec ces phénomènes de ghettoïsation qui génèrent tant de frustrations pour les défavorisés. Mais peut-être que la solution à ce très ancien problème se trouve un peu moins dans les effets observables que dans les causes. Il faudrait ainsi remonter plus haut dans le processus de fabrication de la ségrégation sociale pour y remédier.

 

Bibliographie et Sitographie.

 

  • Bourdon, R. (1973) L’inégalité des chances, La mobilité sociale dans les sociétés industrielles, Paris, Armand Colin, 237 pages.

  • Bourdieu, P. et Passeron, J-C (1970) La Reproduction, Paris, Éditions de minuit.

  • Marie Duru-Bellat, “La ségrégation sociale à l’école: faits et effets”, revue CAIRN 2004

  • Le Monde, article du 7 septembre 2016, “Il faut rompre avec le mythe français du grand soir politico-technocratique”

(http://www.lemonde.fr/education/article/2016/09/07/mixite-au-college-il-faut-rompre-avec-le-mythe-francais-du-grand-soir-politico-technocratique_4993678_1473685.html#OhU0vfYD8ygp4Me6.99)

  • « Inégalités sociales et migratoires : comment l’école amplifie-t-elle les inégalités ? », Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), septembre 2016.

  • “Renforcer la mixité sociale dans les collèges”, Discours de rentrée de Najat Vallaud-Belkacem, septembre 2016

  • “Améliorer la mixité sociale dans les collèges”, dossier de presse du Conseil départemental de la Haute-Garonne, 29 juin 2016

  • “ Renforcer la mixité sociale dans les collèges parisiens”, Julien Grenet, 22 juin 2016

  • http://www.capital.fr/enquetes/dossiers/college-la-priorite-c-est-casser-les-ghettos-et-vite-1076244

  • http://www.liberation.fr/france/2015/10/18/a-montpellier-comment-un-college-mixte-est-devenu-ghetto_1406800
     

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