• Waël Abdallah

Les dynamiques de l’escalade des violences rurales dans la crise de 2013 en RCA


Résumé

Dès la fin du XIXe siècle, le pouvoir colonial français exploite massivement les ressources naturelles et humaines d’Oubangui-Chari, renommé « République Centrafricaine » en 1958. Après son indépendance en 1960 les dérives dictatoriales successives et les ingérences étrangères plongent le pays dans une grande pauvreté et dans l’instabilité politique. C’est dans ce contexte que dès les années 1980 apparaissent des tensions entre éleveurs et agriculteurs centrafricains sur le contrôle des ressources. Le bétail des éleveurs est une richesse qui attise les convoitises. Face à la montée de la violence les éleveurs puis les agriculteurs s’organisent en groupes d’autodéfense pour se protéger face à l’économie de prédation en essor dans tout le pays. Les éleveurs, principalement musulmans, sont alors assimilés aux coupeurs de route et aux mouvements rebelles musulmans par les populations locales sédentaires. Les tensions ethnico-religieuses sont d’abord instrumentalisées par le pouvoir avant que la situation ne devienne incontrôlable en 2013. Les populations rurales se sentent alors abandonnées par les pouvoirs publics. Après une analyse approfondie de l’escalade des violences en zone rurale jusqu’au conflit de 2013, la dernière partie ce mémoire propose des recommandations pour engager une dynamique de désescalade de la violence rurale.

Introduction

La Centrafrique, pays connu pour le tourisme européen et la chasse, s’embrase en 2013. Les tensions qui ont conduit à la résurgence des violences de 2013 sont très profondes et ancrées historiquement dans les zones rurales du pays. Ce mémoire explore les racines historiques et les dynamiques qui ont conduit à la crise de 2013 en milieu rural pour pouvoir ensuite proposer des solutions adaptées pour engager une désescalade de la violence effective. La première partie analyse tout d’abord l’instabilité politique qui maintient la Centrafrique dans la pauvreté, depuis la période coloniale jusqu’au coup d’Etat contre le Président Bozizé. La seconde partie, présente de manière plus approfondie l’émergence des tensions entre éleveurs et agriculteurs en Centrafrique. La troisième partie examine la mutation de ces tensions en véritable conflit ethnico-religieux. Les populations rurales se sont alors senties abandonnées par les politiques publiques et menacées par l’instrumentalisation politique de certains groupes armés. Enfin, la dernière partie de ce mémoire est consacrée aux recommandations pour engager une dynamique de désescalade de la violence rurale.

1 L’instabilité grandissante depuis la période coloniale maintient le pays dans la pauvreté

1.1 Une période coloniale douloureuse jusqu’à l’indépendance (1880-1960)

Depuis 1880 l’Afrique centrale est le théâtre des tensions régionales européennes dans la lutte pour l’intérieur des terres africaines. Dès 1880 la France commence sa conquête de l’Afrique centrale et prend petit à petit le contrôle de l’Oubangui-Chari entre la fin du 19ième siècle et le début du 20ième siècle. L’Oubangui-Chari est soumis à l’exploitation publique et privée des ressources naturelles et humaines du pays. Comme l’explique l’historien Yanis Thomas, pour poursuivre la guerre sur le territoire tchadien le pouvoir colonial français cherchait des porteurs pour le ravitaillement logistique de l’armée1. Les Mandjias vont être utilisés pour les corvées de portage. L’administration procède à des razzias et à des réquisitions dans les villages Mandjias. La population terrorisée fuit les villages, elle est rapidement décimée par la famine. Les français vont se rabattre sur les populations Yakoma qui vont connaitre à leur tour le même sort que les Mandjias2. Les démographes estiment que l’Afrique équatoriale française a perdu entre 1880 et 1910 un tiers de sa population.3 Les travaux forcés, le portage, la répression violente des rebellions oubanguiennes entre 1900 et 1910, ainsi que les épidémies et la famine vont contribuer à ce triste bilan. De plus, l’impôt indigène, le pillage des ressources naturelles et les travaux forcés vont maintenir la population oubanguienne dans la misère4. Ainsi que Yanis Thomas conclut « ensanglantée par des décennies d’exploitation coloniale, l’Oubangui-Chari reste le parent pauvre de l’AEF [Afrique Equatoriale Française] »5.

C’est Barthélémy Boganda élu député à l’Assemblée Nationale française en 1946 qui le premier porte l’idée d’indépendance oubanguienne. Il fonde le Mouvement d’évolution sociale de l’Afrique noire (MESAN), qui dans les limites de la loi-cadre Defferre, remporte les élections de l’Assemblée territoriale d’Oubangui6. En 1958 Boganda renomme l’Oubangui-Chari « République de Centrafrique » et devient ainsi le premier chef de gouvernement de la RCA. Un an plus tard Boganda meurt subitement dans un accident d’avion, il est remplacé par David Dacko élu lors des élections de 1959. En 1960 le pays obtient son indépendance, appauvrit, sa dépendance financière à la France et à l’extérieur reste totale. Sous la présidence de Dacko la RCA plonge dans une lente dérive dictatoriale.

1.2 Les dérives totalitaires du pouvoir en Centrafrique (1960-2012)

Le 31 décembre 1965 Bokassa, chef d’état-major de l’armée centrafricaine, déclenche un coup d’Etat. Il renverse Dacko et devient président de RCA. Bokassa pratique une politique totalitaire enracinée dans la corruption qui atteint son paroxysme lorsqu’il s’autoproclame empereur en 19767. Les manifestations contre le régime de Bokassa se multiplient en Centrafrique, toutes violemment réprimées8. La communauté internationale s’émeut des violences policières et semble découvrir les dérives du régime. En 1979 l’opération Barracuda menée par la France replace l’ancien président Dacko au pouvoir9. Mais suite à un coup d’Etat en 1981 le général Kolingba prend la tête du pays. Kolingba ethnicise sa garde présidentielle en recrutant uniquement des membres de son ethnie, les Yakomas. C’est sous la pression internationale que Kolingba est contraint de lancer un processus de démocratisation, qui échoue10. Ange Patassé lui succédera après avoir remporté l’élection présidentielle en 1993, lui aussi sera à l’origine de graves dérives autoritaires et ethniques. Patassé sera renversé dix ans plus tard en Mars 2003 par François Bozizé11.

Les querelles de pouvoir et les dérives totalitaires qui suivent l’indépendance du pays ne permettent toujours pas d’envisager un développement de long terme en RCA. Le pays est riche en ressources naturelles, mais le produit de ces ressources n’est pas équitablement réparti dans la population, le taux de scolarisation reste très faible, les infrastructures ne sont pas développées et la corruption des élites mine la croissance12. En 2000, 74% de la population rurale vit sous le seuil de pauvreté, le taux de mortalité infanto-juvénile est de 194‰, le taux de malnutrition est de 38%13. Le taux de pauvreté en RCA reste donc très élevé après l’indépendance et tout particulièrement dans les zones rurales.

1.3 La plongée dans le chaos suite au coup d’Etat contre le Président Bozizé (2012-2013)

En 2012 les mouvements rebelles font une coalition de circonstance pour renverser Bozizé. Ils lancent une conquête depuis le nord en direction de Bangui. En décembre 2012 ils arrivent à quelques kilomètres de Bangui, ce qui conduit les pays voisins à s’interposer militairement. Ceux-ci réussissent à contraindre les rebelles et Bozizé à négocier sous l’égide de la CEAC. En janvier 2013 un accord de cessez-le-feu est signé entre les différents partis à Libreville. Le 24 Mars 2013, malgré les accords de Libreville, les rebelles entrent dans Bangui et chassent du pouvoir le président François Bozizé, qui s’enfuit trouver refuge au Cameroun. Le pouvoir bascule dans les mains des ethnies islamisées du Nord, démographiquement minoritaire.

Cet évènement plonge la RCA dans un cycle de violences intercommunautaires encore plus profond notamment entre la Séléka et les milices anti-balaka. Le gouvernement provisoire chargé de rétablir la paix ne contrôle pas le territoire, il n’arrive pas à contenir les violences et à exercer ses fonctions régaliennes. Les tensions politiques, religieuses et communautaires s’enveniment et se transforment en un véritable conflit entrainant une grave crise humanitaire. Des milliers de personnes sont exécutées, plus de la moitié de la population de RCA à besoin d’aide humanitaire d’urgence particulièrement touchée par la famine et près de 300 000 personnes fuient vers les pays voisins. En décembre 2013 alors que la situation commence à dégénérer dangereusement, et à devenir incontrôlable pour les autorités politiques et militaires de RCA, le conseil de sécurité vote la résolution 2127 autorisant le déploiement de la Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique sous Conduite Africaine (MISCA) et d’une force de maintien de la paix appuyée par la France (Opération Sangaris) dans l’objectif de faire cesser l’escalade des violences.

2 Genèse des tensions en milieu rural entre éleveurs et agriculteurs

2.1 Emergence des tensions entre éleveurs et agriculteurs

Les conflits autour du contrôle des ressources, comme la terre et le bétail, en milieu rural, ont largement contribué à la résurgence des tensions en 2013. Le bétail représente une source importante de richesse dans les régions rurales et 30% du PIB en 2008 à l’échelle nationale14. C’est une richesse convoitée, un capital économique, qui peut aussi être source de violence. L’élevage bovin a été introduit en Centrafrique, depuis le Cameroun en 1920 par des éleveurs peuls Mbororo15. A partir des années 1980 des éleveurs venus du Tchad arrivent au nord de la Centrafrique. La désertification des zones sahéliennes a en effet entrainé un déplacement des populations vers le sud, un grand nombre d’éleveurs migrent pour chercher de nouveaux pâturages. La répartition des tâches est bien définie, les éleveurs Peuls élèvent le bétail et les arabes s’occupent de la commercialisation16. La cohabitation entre éleveurs sédentaire ou semi-sédentaires et agriculteurs se déroulait dans de bonnes conditions. Dès les années 1970 les administrations locales Gbaya ont pris conscience de la valeur des bovins et ont commencé à imposer des taxes aux éleveurs. Ces taxations ont fragilisé les relations autrefois bienveillantes entre éleveurs et agriculteurs17. En parallèle la RCA traverse une période économique difficile dans les années 1970. Dans ce contexte la richesse des éleveurs fait des envieux et exacerbe les tensions dans les zones rurales.

2.2 Les éleveurs victimes et acteurs de la violence

Depuis une vingtaine d’années de multiples groupes armés, dont les « coupeurs de route », ont largement profité des richesses des éleveurs en enlevant leurs bêtes et parfois des membres de leur famille, avec libération sur rançon. Ces agissements ont créé une grande insécurité pour les éleveurs et ont contribué à la précarisation de leurs conditions de vie18. C’est ainsi que ces violences ont conduit à la militarisation, voir à la ‘milicianisation’, des éleveurs pour se défendre face à la perte de leur source de revenu. Ils se sont organisés en groupes d’auto-défense armés d’archers.19 Toutefois l’asymétrie des rapports de force a contraint les éleveurs pillés à se reconvertir dans des activités agricoles ou commerciales. D’autres se sont reconvertis dans des activités illicites en devenant eux-mêmes coupeurs de route pour reconstituer leur richesse, ou bien en intégrant des milices20.

Les éleveurs ne sont pas seulement victimes des violences en RCA mais également acteurs des violences. Comme l’expliquent les auteurs d’Elevage bovin et conflits en Centrafrique « L’activisme des éleveurs dans des mouvements rebelles prend de l’ampleur avec l’apparition, en 2009, de la cohorte des éleveurs armés d’origine tchadienne dirigés par Baba Laadé »21. En 2013 les hommes de Laadé vont se recycler au sein du mouvement de la Séléka qui pratique une politique de prédation et de pillage systématique sur les populations locales, y compris sur les éleveurs. Face à cette résurgence de violence, les villageois s’arment pour se défendre.

Le bétail, au même titre que les diamants, est une source de richesses en RCA et donc une source de conflit face à un Etat absent.

3 Mutation des tensions en conflit ethnico-religieux

3.1 Amalgame ethnico-religieux

Les chrétiens sont majoritaires en RCA, ils représentent près de 80% de la population, principalement protestants, avec de plus en plus d’évangélistes. Seulement environ 10% de la population est musulmane, avec une forte densité au nord-est du pays22. Depuis 2003 une multitude de groupes rebelles naissent et opèrent dans les régions rurales23. L’économie de prédation exercée par les différents groupes armés va se transformer en véritable conflit ethnico-religieux en 2013. Face aux pillages et à la violence de la milice Séléka, les populations locales s’organisent en groupe d’auto-défense. La Séléka s’en prend aux églises pour piller les richesses. Bien que la crise ne soit pas de nature inter-religieuse, comme le précise Jean-Arnold de Clermont, elle va le devenir. Les pillages des églises par la Séléka, majoritairement composée de musulmans, sont interprétés par la population chrétienne comme des actes anti-chrétiens. Il faut donc « défendre les chrétiens contre les musulmans »24. C’est la résurgence des anti-balaka25 et des conflits inter-religieux. Les anti-balaka s’en prennent aux éleveurs Peuls, principalement musulmans, et aux arabes, assimilés aux milices de la Séléka. Ils agressent indifféremment tous les musulmans et s’approprient le bétail des éleveurs après les avoir tués26. Ainsi que le présente Chauvin et Seignobos « Un discours ultranationaliste, ciblant la Séléka et les musulmans comme des étrangers jihadistes, sert à fédérer les anti-balaka dans le sud-ouest de la Centrafrique »27. Les groupes armés s’organisent autour de l’appartenance à une ethnie et à une religion. La prise du pouvoir par la Séléka le 24 Mars 2013 constitue un catalyseur des antagonismes religieux28.

3.2 Façade religieuse des luttes pour le contrôle des ressources

Certains Peuls sont les auteurs de nombreuses représailles contre la population non musulmane. Comme le souligne International Crisis Group « Loin de pratiquer la riposte graduée, ils se rendent coupables de tueries et accentuent la haine intercommunautaire »29. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, en visite à Bangassou en octobre 2017, a condamné la manipulation des religions dans les violences : « Je fais appel aux leaders religieux, et aux leaders communautaires pour qu'ils parlent d'une façon très nette en condamnant toutes les exactions et formes de violence, surtout par des groupes qui invoquent des identités religieuses qui n'ont aucun sens »30.

L’escalade des violences religieuses en milieu rural a en toile de fond une lutte pour le contrôle des ressources.

3.3 L’exemple du trafic de bovins : ressource financière des milices rebelles

Le bétail est devenu pour les anti-balaka une source essentielle de financement de leurs activités. Les bêtes volées sont parfois rendues à leurs propriétaires contre rançon, ou bien vendues sur les marchés locaux ou écoulés au Cameroun et dans les pays voisins31. La Séléka, encore mieux organisée que les anti-balaka, a mis en place un véritable commerce illicite de bovins en RCA. Un ancien colonel de la Séléka Hissen Koursi est notamment à l’origine de la saisie forcée des bœufs des éleveurs dans la commune de Bogangone qu’il fait convoyer vers le Tchad32. Les éleveurs sont directement mis à contribution pour financer ‘l’effort de guerre’ des milices. Les éleveurs de l’Ouest se voient forcés de fuir vers les pays voisins et vers l’est et le nord de la RCA. Le développement du trafic de bovins, ainsi que l’exode massif des éleveurs vers le Tchad et le Cameroun ont provoqué l’effondrement de la filière bovine en RCA et l’enrichissement des milices rebelles33.

4 Entre abandon et instrumentalisation politique des conflits en zone rurale

4.1 Les rebelles se mêlent à l’appareil d’Etat

Différentes milices rebelles ont pris le contrôle de l’espace rural en RCA. Ainsi que le décrivent Chauvin et Seignobos « le territoire national [est] une mosaïque de territoires plus ou moins autonomes »34. Les deux auteurs argumentent que les milices et l’appareil d’Etat ont fusionné en RCA. D’après Chauvin et Seignobos depuis plus de 50 ans les milices sont utilisées par les présidents « pour contrebalancer le pouvoir d’une armée perçue comme un vivier de putschistes. […] Issues de l’ethnie du président, elles complètent la garde présidentielle dans la sécurité rapprochée»35. Depuis les années 2000 tout particulièrement, les fractions armées ethnicisées, parfois étrangères, sont réactivées par les présidents déchus pour reprendre le pouvoir. En 2008, par exemple, le président François Bozizé s’appuie sur les comités d’autodéfense villageois (CAD), appelés aussi anti-balaka pour lutter contre les coupeurs de route dans le pays36. Les villageois s’allient donc avec les autorités pour profiter d’une protection contre les pillages. Ainsi, le gouvernement va aider à la formation de comités d’autodéfense villageois dans les parties du Sud et de l’est de la RCA37. Fin Décembre 2012 Bozizé est mis en danger par la prise des villes du nord du pays par la Séléka. Bozizé utilise une fois de plus l’alliance armée-milice pour s’opposer à la Séléka. Dans ses discours du 28 Décembre et du 31 Décembre 2012 en Sango, le président centrafricain dénonce l’incapacité de son armée à lutter contre les rebelles et appelle la population à défendre ses terres contre la Séléka. Chauvin et Seignobos décrivent les conséquences désastreuses et immédiates de ces deux discours « Les barrages routiers […] se multiplient […], pour traquer une infiltration des Séléka. Les musulmans et ceux qui ne parlent pas sango sont soupçonnés d’être des collaborateurs du mouvement. »38. Lors de l’arrivée de la Séléka au pouvoir en Mars 2013, qui a porté Michel Djotodia à la tête de l’Etat, le nouveau ‘gouvernement’ se trouve en incapacité de contrôler ces milices. Les différentes fractions de la Séléka commettent en 2013 des violences extrêmes (massacres, viols, pillages, tortures etc.). Une partie de la fraction anti-balaka reste fidèle à Bozizé.

4.2 Abandon des politiques publiques, crise de la non gouvernance

L’embrasement de la crise et son prolongement sont les conséquences de la non-gouvernance. La crise n’est pas religieuse mais les tensions religieuses ont été manipulées par les hommes politiques désireux de garder ou de reprendre le pouvoir39. Jean-Arnold de Clermont évoque plusieurs sources de la mal-gouvernance, voire de la non-gouvernance en RCA. Tout d’abord l’accaparement des ressources par le président et ses proches, la corruption, l’ethnicisation des recrutements et des nominations, et enfin les ingérences étrangères dans le pays. Interrogés par Jean-Arnold de Clermont, les jeunes centrafricains soulèvent également le manque de patriotisme comme l’une des causes de la crise40. La RCA est en effet une création artificielle héritée de la colonisation peuplée de nombreuses ethnies qui font fi des frontières établies. Le sentiment d’appartenance à un pays commun et l’idée d’intérêt général ne se sont jamais développés.

5 Recommandations pour engager une dynamique de désescalade de la violence rurale

A l’échelle internationale sous l’égide des Nations Unies et/ou de l’Union Africaine une conférence avec les différents acteurs, dont les pays voisins et occidentaux, devrait se tenir pour décider d’une solution politique de long-terme pour la RCA. Toutes les parties s’engageraient à respecter la décision prise communément.

La communauté internationale devrait encourager la mise en place d’un Tribunal pénal international pour la Centrafrique pour juger les crimes commis ces dernières années en RCA. Comme le signale justement de Clermont, ce tribunal serait également un moyen pour les Centrafricains de retrouver confiance dans le mot « justice »41.

Sur le plan national, il est indispensable de mettre en place un système de paiement régulier des salaires et des pensions des fonctionnaires et de l’armée pour assurer le bon fonctionnement de l’Etat.

Il est essentiel que la lutte contre la corruption et l’accaparement des ressources par les élites devienne la priorité du gouvernement de Centrafrique.

Le gouvernement doit également arrêter les recrutements et nominations fondés sur l’appartenance à une ethnie. Il est du devoir du gouvernement de veiller à l’équilibre de la représentation des différentes ethnies dans l’armée et au sein même du gouvernement. Ainsi, la garde présidentielle et l’armée doivent représenter de manière équitable la Centrafrique. Il est également impératif de dépolitiser les forces armées centrafricaines.

La solution aux violences doit venir du ‘bas’. Les Nations Unies, les ONG présentes sur le terrain, et le gouvernement de RCA doivent encourager la relance des Conseils de villages tels qu’ils existaient avant la crise de 2013. Ces conseils de village doivent être un lieu d’échange pour négocier et régler les conflits de manière pacifique au niveau local, au plus près des réalités des villageois. Ces conseils doivent être des comités de médiation intercommunautaires notamment entre éleveurs et agriculteurs. L’International Crisis Group recommande également « pour donner corps à ces initiatives »42 que les forces internationales (Minusca, Sangaris) s’assurent de l’interdiction des groupes armés de siéger au sein de ces arènes de concertation et d’échanges.43 Le pouvoir de RCA centré sur Bangui doit maintenant focaliser son attention et ses efforts sur le monde rural centrafricain, point de départ des conflits.

Il faut intégrer les questions des éleveurs et du commerce des bovins dans la stratégie globale de reconstruction économique du pays. Le pillage des ressources des éleveurs est en parti une des raisons de la résurgence des violences de 2013, il faut donc imaginer un système pour réintégrer les éleveurs dans l’économie et pour les protéger dans le long terme. Les conseils de village sont un premier pas. En parallèle le commerce illicite de bovins par les milices armées doit être stoppé pour couper le financement des milices à la source et éviter de nouveaux pillages de troupeaux. Ainsi que le recommande International Crisis Group « à partir des travaux du Groupe d’experts des Nations unies, [une cellule de lutte contre les trafics de diamants, d’or, d’ivoire et de bovins intégrée à la Minusca] devrait mener des investigations pour identifier les organisateurs des filières parallèles de revente des troupeaux ainsi que les lieux où sont écoulés ces cheptels »44.

On peut envisager une reprise d’activités des éleveurs sous l’égide de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture en partenariat avec les autorités locales en s’inspirant des mécanismes traditionnels d’entre-aide pour reconstituer les troupeaux de certains éleveurs ou pour les aider à reprendre une autre activité.

Quelle que soit la méthode choisie par les autorités centrafricaines en partenariat avec la communauté internationale, il est impératif que cette méthode prenne en compte les enjeux des conflits ruraux pour éviter une résurgence future de nouveaux conflits.

1 Yanis Thomas, Centrafrique: un destin volé. Histoire d’une domination française (Marseille: Agone, 2016).

2 Thomas.

3 Thomas.

4 Thomas.

5 Thomas.

6 Thomas.

7 Jean-Arnold de Clermont, « Surmonter la crise en Centrafrique », Études, février 2015, 7?17.

8 Représentation pour la France UNHCR, « Fiche pays République Centrafricaine », janvier 2005.

9 Pasteur Josué Binoua, Centrafrique?: L’instabilité permanente (Paris: L’Harmattan, 2005).

10 Philippe Susnjara, « Cours: La crise en République centrafricaine », 30 mars 2018.

11 de Clermont, « Surmonter la crise en Centrafrique ».

12 Binoua, Centrafrique?: L’instabilité permanente.

13 Binoua.

14 Julie Roselyne Betabelet, Alexis Maïna Ababa, et Ibrahim Tidjani, « Élevage bovin et conflits en Centrafrique », Les Cahiers d’Outre-Mer 272 (octobre 2015).

15 Aboubakar Njoya, Amélie Bonnerat, et Denis Gautier, « The Relationship between Herders and Trees in Space and Time in Northern Cameroon », The Geographical Journal Vol. 171, No. 4 (décembre 2005): 324?39.

16 Julie Roselyne Betabelet, Alexis Maïna Ababa, et Ibrahim Tidjani, « Élevage bovin et conflits en Centrafrique ».

17 International Crisis Group, « Policy Briefing: La face cachée du conflit centrafricain », décembre 2014, Briefing Afrique N°105 édition.

18 International Crisis Group.

19 Julie Roselyne Betabelet, Alexis Maïna Ababa, et Ibrahim Tidjani, « Élevage bovin et conflits en Centrafrique ».

20 Julie Roselyne Betabelet, Alexis Maïna Ababa, et Ibrahim Tidjani.

21 Julie Roselyne Betabelet, Alexis Maïna Ababa, et Ibrahim Tidjani.

22 Emmanuel Chauvin et Christian Seignobos, « L’imbroglio centrafricain. État, rebelles et bandits », Afrique contemporaine n° 248 (avril 2013): 119 à 148.

23 Julie Roselyne Betabelet, Alexis Maïna Ababa, et Ibrahim Tidjani, « Élevage bovin et conflits en Centrafrique ».

24 de Clermont, « Surmonter la crise en Centrafrique ».

25 Julie Roselyne Betabelet, Alexis Maïna Ababa, et Ibrahim Tidjani, « Élevage bovin et conflits en Centrafrique ».

26 International Crisis Group, « Policy Briefing: La face cachée du conflit centrafricain ».

27 Chauvin et Seignobos, « L’imbroglio centrafricain. État, rebelles et bandits ».

28 Chauvin et Seignobos.

29 International Crisis Group, « Policy Briefing: La face cachée du conflit centrafricain ».

30 « CENTRAFRIQUE - Depuis la Centrafrique, le secrétaire général de l’Onu condamne la manipulation de la religion », France 24, 26 octobre 2017.

31 International Crisis Group, « Policy Briefing: La face cachée du conflit centrafricain ».

32 J.Motondi, « Un colonel tchadien de la Seleka tente la partition de la RCA: que disent Djotodia, Tiangaye et la CEEAC », Kangbi-Ndara, Août 2013, http://kangbi-ndara.info/un-colonel-tchadien-de-la-seleka-tente-la-partition-de-la-rca-que-disent-djotodia-tiangaye-et-la-ceea/.

33 International Crisis Group, « Policy Briefing: La face cachée du conflit centrafricain ».

34 Chauvin et Seignobos, « L’imbroglio centrafricain. État, rebelles et bandits ».

35 Chauvin et Seignobos.

36 Chauvin et Seignobos.

37 Chauvin et Seignobos.

38 Chauvin et Seignobos.

39 de Clermont, « Surmonter la crise en Centrafrique ».

40 de Clermont.

41 de Clermont.

42 International Crisis Group, « Policy Briefing: La face cachée du conflit centrafricain ».

43 International Crisis Group.

44 International Crisis Group.

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